Après des manifestations où la police a fait usage de gaz lacrymogènes et où un homme est mort, les travaux d’enlèvement des déchets commencent à Sfax après la décision de déplacer le site.

Les travaux d’enlèvement de 30 000 tonnes d’ordures ménagères dans les rues de la « deuxième ville » de Tunisie, Sfax, ont commencé après que le gouvernement a fait marche arrière dans un conflit de longue date concernant un site d’enfouissement.

Des habitants désemparés

Les habitants et les militants d’Agareb, où se trouve la décharge actuelle, ont déclaré que le site, ouvert en 2008 près du parc national d’El Gonna, présentait un risque pour la santé humaine. Ces dernières semaines, les troubles se sont intensifiés dans la région. L’accès au site a été bloqué et la police a utilisé des gaz lacrymogènes contre des manifestants de la ville. Un homme, Abderrazek Lacheb, serait mort après avoir été pris dans les manifestations, bien que la police ait nié que sa mort soit due aux gaz lacrymogènes.

Moadh Akacha, 34 ans, un militant d’Agareb, s’est dit satisfait de la décision du gouvernement de déplacer la décharge. « Le nouveau site se trouve à 62 km de Sfax et à environ 22 km d’Agareb », a-t-il déclaré. « C’est un bon emplacement, mais il n’est que temporaire. Nous devrons voir ce qui se passe. »

L’agitation civile autour du site a marqué les premiers signes de désobéissance publique depuis la prise de pouvoir du président Kais Saied en juillet, qui l’a vu suspendre le parlement et supprimer l’immunité de poursuites pour ses membres. Ce geste reste populaire auprès de la population tunisienne, lassée par la stagnation économique du pays, la pandémie et les querelles de partis et de politiciens.

Une trahison ou non

Cependant, à Agareb, où Saied s’est rendu en tant qu’universitaire privé avant l’élection de fin 2019, il reste un sentiment de trahison vis-à-vis du professeur de droit qui les avait incités à protester et du président qui a envoyé la police avec des gaz lacrymogènes.

Utilisée en continu depuis sa création en 2008, l’accumulation de déchets dans la décharge, dont une partie serait industrielle, prendra de nombreuses années pour être résorbée. L’Anged (Agence nationale de gestion des déchets), l’organisme gouvernemental chargé de superviser les décharges du pays, n’a fourni aucun détail sur son engagement envers le site d’Agareb. Toutefois, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui a suspendu vendredi son appel à la grève générale dans toute la région, a subordonné le report de l’action syndicale à la sécurisation du site.

La gestion des déchets reste un problème important pour la Tunisie. Selon un rapport de la Banque mondiale, moins des deux tiers des ordures de la capitale, Tunis, sont collectées. La corruption au sein du secteur est devenue une préoccupation croissante. En juillet 2020, le premier ministre de l’époque, Elyes Fakhfakh, a démissionné après avoir été accusé de liens de corruption avec l’industrie des déchets. En décembre, le ministre de l’Environnement a été limogé et arrêté après avoir été prétendument lié à une tentative d’importation clandestine d’une cargaison de déchets italiens dans le pays.

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